8 avril 1916 - Bien chère petite sœur...

Aujourd’hui je viens de recevoir une autre de tes gentilles lettres dont je reçois toujours avec beaucoup de plaisir en apprenant ta bonne santé. Dieu merci, je puis toujours t’en dire de même, toujours boiteux et tire la flemme tant que je peux. Toute la journée je reste couché au soleil étendu comme un veau et ne fais pas le coup. Du reste, ce matin, le major m’a défendu de marcher. Si tu voyais les belles journées que je passe, avec un beau temps superbe, les prairies qui verdoient, les arbres fleurissent, le train qui passe, alors je regarde tout ça. Je crois que nous n’allons pas rester ici longtemps. Nous allons partir demain ou après-demain pour aller au repos, mais je ne sais encore pas au juste où nous irons, mais probablement dans la Seine Supérieure, alors j’ai pas fini de voir du pays. Dis donc juste à l’instant, un de mes camarades vient de m’apporter un deuxième colis, alors je t’en remercie beaucoup. Nous aurons pour déjeuner demain matin avec un litre ou deux de vin blanc. On va faire un repas épatant. Je viens aussi de recevoir une carte de Vallon qui m’invite à aller le rejoindre, mais je ne pourrai pas, ainsi qu’une à Rémy, toujours en bonne santé. Je ne vois plus grand-chose à te dire : ah si on m’a payé le prêt et puis le rappel des deux permissions, alors j’ai touché 28 fr 90 alors tu comprends je suis content et nous buvons un coup à la santé de la fameuse république. Tu peux croire qu’on ne s’en fait pas, on est en train de boire un coup, je puis dire à ta santé quoi que tu n’es pas là. Je vous embrasse tous de tout cœur.

Henri.
PS : Rémy est du côté de Saint-Mihail.