28 février 1917 - XX - Très chers...

Bonne santé. Toujours soyez de même. Rien de particulier pour le moment. Du nouveau se prépare. Faudra encore se faire casser la figure avant d’aller en permission.
Je vous embrasse tous.

Albert.

24 juin 1916 - Les Armands - Bien chère petite Blandine...

Que dois-tu penser de moi ? Lorsque tu sauras les raisons qui m’excusent, tu ne seras plus étonnée. J’ai reçu ta lettre le 10 mai et à ce moment-là, j’étais bien malade. Eh oui ma chère Enfant. Je sors d’une fièvre où je suis allée jusqu’aux portes du tombeau. Grâce à Dieu, m’en voilà sortie, car Maman a encore bien besoin de moi. Mais je ne suis pas encore bien forte. Laisse-moi maintenant vite venir à toi et à votre grand chagrin. Malgré ma fatigue, j’ai souvent pensé à vous tous, à tes pauvres parents, ce brave papa, cette pauvre maman qui aimait tant son Ricou. Mais allez, que malgré leur douleur, ils soient fiers de lui. Ils ont été jugés dignes par le Bon Dieu, d’être les parents d’un héros, d’un martyre de la Patrie. Peut-il y avoir une mort plus glorieuse ? Il est certain que c’et fini pour cette triste vie, mais tout en le pleurant avec vous tous, je me dis que la vie est si courte, que les quelques années où nous y souffrons tant, sont si peu de chose à côté de l’Eternité heureuse où il n’y aura plus, ni pleurs, ni chagrin, ni séparation. Courage à vous tous, bien chers amis, pensons au Ciel et aux grandes causes de notre pauvre pays si éprouvé. Notre peine reste toujours bien douloureuse, il est certain, mais que la pensée de sa mort chrétienne et héroïque nous aide à supporter cette dure épreuve. Je suis certaine qu’il devait être en grâce avec le Bon Dieu car, fils d’une si brave famille, il n’a pas dû manquer aux traditions. Pauvre Henri, que cette pensée m’attriste. Mais il est là-haut, il vous voit, il voit vos larmes et très certainement il veillera sur vous, il vous obtiendra bien des grâces. Fais bien mes amitiés à tes parents, ta sœur, son cher petit. Je compte que le Bon Dieu lui gardera le cher papa. C’est si triste, un père de famille… Je ne me rappelle qu’une seule fois avoir reçu une lettre de toi, ma chère Blandine et je t’ai répondu. Mais crois sincèrement que tu me feras un grand plaisir de me donner souvent de vos nouvelles, car je vous aime toujours beaucoup et souvent, souvent je cause de vous tous. Je m’étais déjà souvent demandée ce que vous faisiez depuis cette terrible guerre… Maman a été sensible au bon souvenir de ta Maman, elle lui envoie ses amitiés. Sait-elle que depuis un an, ma Cousine Louise est morte, laissant 2 enfants, l’aînée a 10 ans. Ca a été fait en 24 h d’une piqûre de mouche. Ma pauvre Tante Charles reste donc seule. Elle est dans ma maison de retraite à Lyon. Je suis encore à l’Armand pour quelques jours jusqu’à ce que je sois complètement remise.
Adresse où tu voudras. Encore un bon baiser. Embrasse bien ta Maman, ta sœur, son cher petit pour moi. Mes amitiés à ton papa, à l’Oncle Henri, à toute ta chère famille et pour toi la bonne amitié de ta maîtresse, sœur Marie Valentine Cazes.

15 avril 1916 - Monsieur et Madame Vareille...

Je vous écris ces quelques lignes pour vous faire savoir que j’ai reçu le colis de votre fils et comme il a été évacué, je n’ai pas osé le lui envoyer car je ne connais pas son adresse, mais j’espère qu’il m’écrira bientôt, car sa maladie n’était pas trop grave alors pour le renvoyer chez vous ?
J’avais peur qu’il ne se rende pas alors chers, je l’ai gardé et on l’a mangé avec son escouade. Il y avait deux fromages de chèvre et un fromage de patés l’amadou et un cahier de cigarettes que j’ai gardé moi-même.
Alors si vous voulez, je vous le payerai, tout comme ça on sera d’accord.
Chers amis, si vous recevez de ses nouvelles avant moi, vous me le ferez savoir s’il vous plait car je languis de savoir où il est.

Toute son escouade vous envoie le bonjour. Recevez du camarade à Henri une bonne poignée de mains. Tison Eugène.

12 avril 1916 - hôpital

Je suis à l’hôpital. Petite maladie et mon bonheur, pas grave du tout.
Je vous embrasse.

Henri.