Me voici arrivé à Nete, petit pays à 15 ou 16 km en arrière de Bar-le-Duc. Nous avons passé par Bar-le-Duc et Lygnit-en-Barois, c’est à 6 km de Ligny-en-Barois, nous avons le train qui passe toutes les heures, ça nous fait déjà une distraction, puis nous trouvons du vin à 20 sous le litre alors aujourd’hui j’en ai profité. C’est un tout petit pays. Il n’y a même pas d’épicerie, mais nous n’y sommes pas longtemps, de 4 à 5 jours après nous partons encore plus en arrière. Hier, je n’ai pas pu t’écrire car nous sommes arrivés ici, c’était 21h, sommes venus en auto. J’espère que ma lettre vous trouvera tous en très bonne santé, pour moi, ça va toujours à merveille, avec mon pied, je tire la flemme tout ce que je peux, tu dois te le douter. Nous sommes encore dans le département de la Meuse. Ici nos officiers commencent à nous emmerder, mais en première ligne, on ne les voyait pas souvent. Vraiment c’est tout à fait honteux : avoir de pareils officiers et parler de faire la guerre jusqu’au bout. On restait 40 poilus à la compagnie. En faisant la relève, notre capitaine trouve le moyen d’en perdre 15 alors on restait à 25 en comptant les gradés. On allait qu’en réserve car c’était le 4 avril alors le soir arriva l’ordre d’aller renforcer la 198 qui était à notre droite, avait été obligé de reculer d’une tranchée, alors notre peureux capitaine pour le coup au poste du colonel et nous envoie nous sous le commandement d’un sous-lieutenant en renfort, mais heureusement il n’y a même eu pour nous 3 blessés de plus, mais je m’en rappellerais.
J’y joins une carte de premier avril, dont je ne vois pas qui me l’envoie. J’ai pourtant vu cette écriture. Avez-vous des nouvelles d’Henri Goudard, car son régiment a eu beaucoup de pertes. J’ai pas vu la compagnie à Carles. Je pense qu’il doit être en bonne santé. Je vous embrasse tous de tout cœur.
Henri.