3 avril 1916 - Saint-Nazaire sur Loire - Mon cher Henri...

Comme il y a déjà quelques temps que je n’ai pas eu de tes nouvelles, je t’avais envoyé une carte le 17 ou 18 mars, mais tu ne dois pas l’avoir reçue, car avec ce trimbalement des troupes qu’il y a par là aux alentours de Verdun, mais pourvu que tu sois en bonne santé, c’est l’essentiel. Pour quant à moi, la santé est excellente. Dieu merci que tu puisses en être de même. J’ai su par Maria que tu étais aux alentours de Verdun. J’ai bien peur que tu aies assisté à quelques batailles, tu me le diras dans ta réponse. Pour quant à moi, je suis dans les tranchées depuis le 19, en première ligne. Nous y restons 24 jours toujours en première ligne. Le service n’est pas trop mauvais. A cet endroit où je suis, les Boches sont à peu près à un km, on ne craint que des canons. Si par hasard on pouvait se trouver, je suis à peu près à 6 km de Saint-Miel sur la gauche, bien en face un village qu’on appelle Lamorville. Les boches le tiennent. Mon frère Henri est aussi à Verdun, il m’a écrit il y a trois jours. Il allait bien, il a participé aux batailles.
Maria et nos Parents vont bien, ainsi que Blandine et le petit. Ce qu’il paraît qu’il parle souvent de son tonton et de son Papa Rémy. Je termine en t’embrassant bien fort.

Goudard Rémy.