Je réponds à 2 de tes lettres que je viens de recevoir avec beaucoup de plaisir en apprenant tes nouvelles. Il y en avait une du 26 et l’autre du 29 mars, il doit y avoir 8 jours que je n’avais rien reçu de toi, mais je pensais très bien que les lettres avaient du retard. Je vois que tout doucement tu reçois aussi les miennes. Pour moi, ça va toujours à merveille et me voici à l’arrière de nouveau au repos pour 20 jours à un mois et sûrement d’ici là il y aura du nouveau. Nous sommes arrivés cette nuit à Denuit, dans un petit pays à 7 km en arrière de Verdun. Nous repartons demain ou après demain pour aller du côté de Saint-Dizier, alors là nous trouverons ce que nous voudrons à acheter. Tu peux croire que je suis content d’être sorti de ce fameux Verdun car on se savait pas si on s’en sortirait. Nous avons eu beaucoup de pertes, presque tous n’étaient que blessés. Si t’avais vu les bombardements, c’était effrayant et puis rien qu’avec des grosses pièces, c’était terrible. Certainement ça va pas tarder à finir car tu sais, ça va bien mal, puis c’est terrible les hommes qui sont tombés. Ca ne peut plus durer aussi bien d’un côté que de l’autre, avec une pareille artillerie, tu peux croire que je suis content d’en sortir. Jamais je n’avais vu aussi vilain qu’ici. A l’escouade, personne n’a été touché.
Je te remercie beaucoup de ton papier. Nous avons toujours un beau temps superbe, les arbres fleurissent. Plus rien pour aujourd’hui, surtout ne vous en faites pas car à présent sommes tout à fait hors de danger. Embrasse bien le papa et la maman ainsi que Maria et Riri. A toi mes plus doux baisers.
Henri.