3 avril 1916 - Les Auches - Bien cher Henri...

Tu ne saurais croire combien était grand le plaisir que nous avons eu en recevant aujourd’hui 2 de tes lettres, ainsi qu’une hier. Maintenant elles viennent mieux. Nous sommes très contents que tu sois en repos. Peut-être dans un nouveau pays, tu en aurais grand besoin. Mais pour te venir en aide, s’il le faut, nous t’enverrons chaque semaine un petit colis pour te préserver un peu de la faim, pauvre Henri. Combien c’est triste nous ici avoir tant pour boulotter et toi falloir endurer. C’est cela qui nous ronge. Nous allons tuer notre cochon et combien nous pourrions t’en faire part. Si tu n’étais pas aussi loin, mais enfin espérons que tu en profiteras quand du moins autant que nous le pourrons. En attendant, mercredi, nous t’expédierons la moitié d’une sarassonne. Nous l’avons partagé avec Rémy et Maria nous donne un peu de son pâté froid en attendant que nous fassions le nôtre. Je crois que tu le trouveras pas mauvais. Quand tu voudras du papier cigarette, tu n’as qu’à le dire. Je t’en enverrai à volonté. Pour nous, la santé se maintient. Aujourd’hui le Papa a mené pour la troupe une de ses meules de foin qui était à la portée de la fenière. Nous autres avons ramassé des feuilles, nous sommes toujours vaillantes. Samedi, nous avons fait quelques pommes de terre et demain on mène un cochon et jeudi, tuons le nôtre, alors c’est un jour de ripaille. C’est malheureux que tu sois trop loin. Notre chèvre va bientôt nous donner des petits chevreaux et puis nous ferons de bons picodons et tu en profiteras. Ton Valla ne va-t-il pas bientôt venir nous voir ?
J’y joins l’adresse de Henri Chomel. Je crois que dans mes lettres avec 3 feuilles, tu en auras un petit peu. Dans tes colis, ce n’est pas commode, il faut trop le plier. Plus rien de nouveau, reçois nos plus doux baisers.

Blandine.