31 mars 1916 - Mon cher Henri...

Toujours avec plaisir que je reçois tes bonnes nouvelles. Pour moi, la santé est toujours parfaite et je désire que ma lettre puisse te trouver ainsi. Tu me dis que tu es dans l’Est, 50 km de Verdun, alors tu ne dois pas être éloigné de moi. La prochaine fois, tu me diras le nom du village. Peut-être que tu auras encore changé. Avant-hier, il en est parti 200 qui sont allés à Verdun, au 85ème et 95ème d’Infanterie. La moitié chaque, on a pris les volontaires et puis les plus petits matricules et je m’en suis tiré pour cette fois, mais peut-être un de ces jours, il en partira encore. Mais à présent, le beau temps est arrivé, ça me fait moins de peine que quand je montais de Nice au mois de décembre, mais je passerai l’été volontiers ici car je me trouve pas mal. Bien souvent nous travaillons à faire des tranchées et tu peux croire que le soir, je ne suis pas fatigué. Et maintenant, nous sommes assez bien installés et maintenant il y a une coopérative de vin, 11 sous le litre, la bière 8 sous. On peut boire quelques coups. Ca fait passer le temps. On nous laisse pas boire au café, on peut emporter tant qu’on veut après 17h.
J’ai des nouvelles de chez moi, ils vont tous très bien et je pense que chez toi il en est de même. Pas autre chose pour aujourd’hui en attendant de nous revoir, reçois une cordiale poignée de main de ton collègue.

Laurent Jean.