1er avril 1916 - Les Auches - Mon bien cher Henri…

Nous avons reçu aujourd’hui 3 de tes lettres avec grand plaisir. Elles étaient du 24, 25, 26, donc tu vois que tout doucement avec le temps et la patience, nous les recevons. On aimerait mieux que ce fut chaque jour, nous languirions moins sur ton absence qui est si dure pour nous autres. Cependant, nous avons assez l’habitude d’être séparés de toi, ce n’est que par force bien entendu mais j’aime à croire que le Bon Dieu que tu ne dois pas oublier saura te préserver du péril jusqu’à la fin. Nous autres le lui demandons pour toi chaque jour en le priant de te garder sage et fidèle à tes devoirs de chrétien, que tu ne saurais oublier. Nous avons donc constaté que tu étais en parfaite santé, toujours pas bileux comme autrefois, ce qui vaut beaucoup pour toi et pour nous également, en même temps, tu es resté 5 jours en première ligne, que de balles tu as dû voir passer et de canons entendre à tes oreilles dont tu serais en réserve et puis dernièrement en repos. Ce qui vaut encore mieux que tout le reste. Quoique tu n’es pas bien placé dans ce Verdun. Mais enfin si tu n’y restes guère. Nous voyons très bien ce que renferment tes lettres, nous l’oublions jamais et voyons par là que tu nous tiens au courant. Ce qui nous fait tant plaisir. Pour nous, la santé se maintient assez quoique je suis bougrement colère contre mes rats, furieuse plus que jamais tant tu vois pas que dans 2 nuits, ils m’ont mangé ou tué encore 4 de mes jolis petits lapinous. La malice que j’en ai est grande de l’affaire, j’ai donné les 2 qui me restaient à Maria. J’en ai plus que 6 gros et mes poussins vont bien, mais ma poule me fait engueuler peut-être 6 fois par jour par le papa, parce qu’elle fait trop du bruit. Et je n’en suis pourtant pas l’auteur. Enfin j’aurais besoin de partir avec ma poule, mes lapins, aller te rejoindre. Tut verrais tout ce monde en fureur. Henri Meanieval est venu nous dire bonjour aujourd’hui. Il a bien maigri le pauvre à l’hôpital. Il ne reste que 7 jours en permission et puis repart pour son dépôt.
Papa et maman ainsi que petit Riri t’envoient gros mimis et caresses. Avec 3 feuilles de papier chaque fois je t’écris. Il te sera moins rare.

Blandinou.