26 mars 1916 - Mon cher Henri...

C’est avec plaisir que je reçois toujours de tes nouvelles. Je vois que tu te portes toujours bien, tu as été voir une fois de plus le pays. Je crois que ça doit être triste aussi à Désaignes. On ne doit pas y faire de belles rigolades mais ce ne doit pas être la même vie que dans nos maisons souterraines sans fenêtre et passer de bonnes nuits dans un lit. Enfin c’est la nouvelle vie. Tu me dis que tu as été chez moi, alors vous devez avoir passé une petite veillée mais parents devaient bien se faire quelque peu de mauvais sang. Je pensais à cette vie, mais ça ne l’ai avancé pas, au contraire, ici on se fait pas de bile. On a un temps passable, pas trop froid. Avant-hier, il a bien tombé un peu de neige mais elle a refondu. Je crois que c’est notre plus grand bonheur d’avoir un beau temps. Nous sommes toujours dans la Somme, aux alentours d’Amiens mais on devait bien changer pour aller du côté de Verdun, ce qui paraît que ça barde de ce côté, malheureux sont ceux qui y sont.
Enfin je ne vois plus grand-chose à te dire. Tache toujours bien à t’en tirer comme tu as fait jusqu’à présent. Reçois une cordiale poignée de main de ton camarade.

Charrier Louis.