19 février 1916 - Mon bien brave Eugène...

Je viens en mots de lettre pour vous donner ainsi de mes nouvelles. Je suis toujours en très bonne santé et je désire de tout cœur que ma lettre vous en trouvera tous de même. J’avais reçu des nouvelles d’Henri. Il m’a conté quelques histoires. Il me disait aussi qu’il pensait bientôt avoir une nouvelle permission, il aurait bien plaisir de revoir son pays. J’ai espoir d’y aller bientôt aussi mais il faut aller passer 2 ou 3 mois aux tranchées avant de pouvoir y aller, mais viendra un jour, il ne faut pas désespérer. On devait aller aux tranchées mercredi soir, tant j’y ai pas encore allé, il y en est allé la moitié et ma compagnie s’en est pas trouvé pour cette fois, alors au bout de 6 jours, lundi ou mardi, on va les relever mais en somme à 3 km mais on n’entend pas beaucoup de bruit. C’est vrai qu’on n’y fait plus attention, mais aussi on ne dérange pas pour le moment, on ne fait rien, on se lève des fois à 8 ou 9 heures, car on n’est pas encore trop mal. On est dedans au moins à l’abri de la pluie car ce temps de pluie n’est pas nouveau. On vient de nous donner deux poches pour les grenades, alors on va passer un moment pour les coudre à la capote.
Je vous serre cordialement la main à tous.

Louis Chavrier.