19 février 1916 - Ma chère Blandinou...

Deux mots aussi aujourd’hui pour te donner de mes nouvelles toujours très bonnes. J’espère que ma petite lettre vous trouvera tous en très bonne santé et plus tant désespérés, car à présent, je ne crains rien du tout et vous pouvez être bien certain que j’irai vous voir d’ici 15 jours, alors tranquillisez-vous bien. A présent, on va nous donner des pantalons comme les fantassins bleus clairs. On nous change souvent de tunes. Pour le moment, nous sommes assez tranquilles, on ne nous emmerde pas trop, nous nettoyons notre fourbi tout doucement cet après-midi, nous avons une revue d’armes. Ces jours-ci, il ne fait que pleuvoir. Heureusement nous sommes dedans. Ici tout est plus cher que sur le front. Papier à lettre, des pochettes de 4 feuilles et 4 enveloppes, on les payait deux sous et ici 3 sous. Les cartes militaires 6 sous les 2 f et ici 10 sous. Enfin tout est beaucoup plus cher. Le vin 22 sous alors il y a plus moyen d’en boire. Heureusement on trouve du cidre à 4 sous le litre. Il a un degré de plus que l’eau. Heureusement je vais aller en permission pour boire un coup et j’en profiterai.
Plus rien pour aujourd’hui. Le bonjour à tous les parents et voisins, ainsi qu’à Rémy et Ferdinand et pour vous tous mes plus doux et tendres baisers.

Ton petit frère qui pense à toi et ne s’en fait pas. Riquet.