Je réponds à ta lettre du 15 reçue avec beaucoup de plaisir en apprenant tes bonnes nouvelles. Mais je me doutais du coup que vous avez dû vous faire du mauvais sang, car je ne pouvais pas faire partir mes lettres comme je voulais, mais ce n’était pas une raison pour vous mettre au désespoir ainsi. Je m’en faisais pas parce que les boches attaquaient et pouvaient s’amener devant nous, on était prêt à les recevoir, aussi il ne sont pas sortis et cette fois ci je suis au grand repos pour de bon. Le papa ne pourra plus rouspéter et puis tu sais la permission approche. Chaque jour il en part alors ça approche. Au moins j’irai vous consoler de votre désolation bien mal xx car tu sais jamais je m’en suis fait une miette, suis pas si bête que vous tous. Quant à Vallon, t’en fais pas pour lui, il est plus heureux que moi, avec sa petite blessure au bras droit, il nous a écrit aujourd’hui. Il est à l’hôpital à Saint Nazaire. T’en fais pas pour lui, c’est lui-même qui nous a écrit. L’oncle Henri a été en permission 15 jours trop tôt car on se serait trouvé.
Alors t’as dans l’idée que les boches ont envie de me zigouiller de la façon dont tu me parles. Je n’ai pourtant pas cette idée, ni ils n’y arriveront toujours pas avant que j’aille te voir et enfin il ne faut jamais se mettre au désespoir. Le bonjour à Rémy et Ferdinand et à vous tous mes plus doux et tendres baisers. A bientôt.
Henri.