Je réponds à ta lettre du 7 reçue hier avec beaucoup de plaisir en apprenant tes bonnes nouvelles. Je constate que plus tu deviens vieille, plus t’es terrible pour faire tant de travail : aller au marché et laver la lessive dans la même journée, tout de même faudrait pas vous crever pour turbiner, ce n’est pas la peine et surtout soignez-vous bien. Pour moi, ça va toujours à merveille et ne me fais jamais de bile. Sommes toujours en réserve et allons au repos dans la nuit du 14 au 15, ce qui nous fait qu’un autre jour à passer ici, mais on va avoir du boulot, car on est sale comme des cochons pleins de boue car il pleut toujours temps en temps. Ne savons encore pas quand nous allons au grand repos. Ce coup-ci avec leur bêtise, nous faisons 12 jours de tranchées. Il part toujours des permissionnaires et mon tour approche tous les jours. Tu voudras bien me donner l’adresse de l’oncle Henri car il y a longtemps que je n’ai rien reçu de lui. J’espère quand même qu’il est toujours en bonne santé.
A ma lettre, je joins une carte. Plus rien de nouveau pour aujourd’hui, si ce n’est bien des mimis et caresses au papa et à la maman, surtout ne vous en faites pas pour moi. A toi, mes plus doux et tendres baisers mais je ne t’envoie pas de griffettes, je ne suis pas si méchant que toi.
Ton petit frère. Ricou.