5 janvier 1916 - Ma chère petite sœur...

Je réponds à ta gentille lettre du 1er janvier que je viens de recevoir avec beaucoup de plaisir en apprenant tes bonnes nouvelles ainsi que de toute la famille. Pour moi, ça va toujours à merveille et comme tu le sais, ne m’en fais jamais. Puis vous pouvez être bien tranquille que je ne tousse plus, du reste ici jamais j’ai toussé. Là-bas j’étais trop au chaud, c’est pour ça que quelques fois je toussais. Comme tu dis bientôt j’irais vous revoir car tu sais, tous les jours il en part, alors tu sais à la fin février et j’espère que la prochaine fois vous serez plus courageux. Crois-tu que ça me plaît à moi plus qu’à vous autres de vous laisser et encore là-bas vous ne voyez rien, vous n’endurez de rien. J’espère puisqu’il le faut, vaut bien mieux le prendre comme ça vient. Ici nous sommes bien dans le cantonnement car nous avons du fin, on a de petits poëles alors on n’endure pas froid, surtout il ne fait point de froid du tout. Toujours la pluie temps en temps. J’ai quitté la garde à midi et à l’heure et demie, nous avons passé une revue du Commandant en tenue de campagne et à la tombée de la nuit, nous avons eu la visite de notre Colonel Grange car il est premier soldat à mon escouade, alors on lui a souhaité la bonne année au jour de l’an et aujourd’hui il nous a remercié et donné 5 fr à l’escouade. 
Plus rien pour aujourd’hui, courage et patience et recevez de ma part mes plus tendres baisers. 

Henri.