6 janvier 1916 - Ma chère Blandine...

Ce soir avant de me coucher, je viens te faire un petit moment la causette. Je pense que ma lettre vous trouvera tous en bonne santé. Pour moi, ça va toujours à merveille et comme tu le sais, ne me fais jamais de bile. Nous avons plus le même cabot, car le notre a passé sergent. Mais celui que nous avons est tout à fait gentil, il a été nommé hier alors il est encore nouveau, mais sur le front depuis le début. Nous avons toujours le même temps, la pluie de temps en temps mais point de froid du tout, du reste, c’est toujours le vent du midi. Aujourd’hui j’ai reçu une lettre de la Tante Mélanie avec un mandat de 2 fr. Tu vois si elle pense à moi. Quand je te dis que tout le monde m’aime malgré que je suis sale tête. Je me rappelle toujours le soir que nous étions au Vergier, tu nous as abandonné quand même dis donc tu étais un peu méchante, ne pouvait pas m’attendre depuis le temps que tu n’avais pas trotté avec moi, c’était peut-être pour te rattraper du soir en allant à Groûles que je l’avais laissée contre le mur. Toujours il part des permissionnaires. 
En attendant le bonheur de nous revoir bientôt, je vous embrasse bien fort. 

Henri. 
PS : j’y joins une carte des petits de la Tante Victorine. Tu verras comme ils parlent bien.