2 janvier 1916 - Chère petite sœur...

J’ai reçu ton aimable lettre avec beaucoup de plaisir en apprenant tes bonnes nouvelles ainsi que de toute la famille. Ca ne m’étonne pas si vous avez presque fini de planter vos choux, car je vois le temps qu’il fait ici et c’est à peu près comme chez nous. Pour moi, ça va toujours à merveille et ne m’en fais jamais. Après souper, je forme tranquillement un crayon du capitaine en écrivant ta lettre et je t’envoie le petit ruban qu’il y avait autour. Déjà aujourd’hui dimanche, nous avons eu une revue d’armes. De la faire, je n’ai même pas pu aller à la messe, je pensais aller à 10h car le matin ma capote était encore sale et de l’affaire je n’ai pas pu aller, ni ce soir, je ne vais pas au salut car j’ai des lettres à faire. Enfin avec tous leurs crayons et leurs boniments, ils nous font rudement chier, ils feraient bougrement mieux de nous foutre la paix. Vous avez toujours la pluie par moment et toujours il part des permissionnaires, alors ça m’intéresse. 
J’ai reçu une lettre de la Tante Victorine ainsi qu’une carte de Rémy qui est toujours en bonne santé, et la Tante attend son mari tous les jours depuis Noël. J’y joins la carte de Lili qui te fera rigoler. Je vous embrasse tous tendrement. 

Henri.