Aujourd’hui jour de l’an je viens avant de me coucher te faire un peu la causette et t’expliquer le souper que nous avons eu.
D’abord je pense que vous êtes tous en bonne santé. Pour moi, je ne m’en fait jamais. Ce soir, nous avons eu d’abord la ration, puis un bon morceau de jambon, du fromage, du chocolat, une pomme, une orange et un cigare. Pour finir un quart de champagne et voilà notre souper de premier janvier 1916, de l’année de la paix. Il fallait ça, ça n’arrive qu’une fois par an les premiers janviers.
Puis notre Capitaine avait été évacué pendant que j’étais en permission, il avait manqué s’asphyxier avec du carbure, alors il est arrivé aujourd’hui, nous a apporté des cigares et de la goûte, puis chacun une portion de jambon que nous mangerons demain. Tu vois c’est un bon fieux, je crois qu’il va passer commandant au bataillon.
Enfin tous les jours il part des permissionnaires alors bientôt on pourra encore rigoler, quoique je ne m’en fais pas ici. Après le souper, nous avons fait une partie de cartes.
N’oublie pas de me dire si les rats te foutent toujours par les portes, car j’ai peur qu’il te fasse mal mais je pense qu’ils se seront calmés.
J’ai reçu une carte de Lili que je t’enverrais un de ces jours, j’ai rigolé en la lisant. Elle est bien toujours la même, puis c’est une jolie carte.
Enfin plus rien pour aujourd’hui, nous avons un vent de tous les diables et par moment la pluie puis nous sommes en repos depuis hier soir pour 8 jours.
Le bonjour aux parents et voisins ainsi que Rémy et Ferdinand et pour vous tous mes plus tendres baisers.
Henri.