Voilà bien longtemps que je veux toujours vous écrire mas mes multiples occupations font que le temps passe et la correspondance finit par rester en souffrance et je vois que je ne suis pas la seule car voilà bien longtemps que je n’ai rien reçu de vous. Je suppose bien que comme moi ce n’est pas le pensée qui vous a manqué, alors que vous avez des travaux et aussi des ennuis plus encore que tout le reste. J’espère néanmoins que vous êtes tous en bonne santé.
En attendant des jours meilleurs, ce qui tarde bien à venir, j’ai reçu il y a quelques jours une lettre d’Henri qui allait bien et ne paraît pas trop se faire de mauvais sang. Il était récemment arrivé de permission. Sa lettre a dû se croiser avec la mienne. J’ai grand plaisir de ces lettres et dénonce en lui une grande tranquillité.
Chère sœur, quel plaisir, quel bonheur avez-vous dû éprouvé en revoyant ce cher fils et quelle reconnaissance devons-nous à Dieu de conserver à notre affection ces êtres qui nous sont si chers. Oh comme on prie avec ferveur et priant pour eux, s’il avait pu venir me voir en passant, il aurait été le bienvenu. J’espère bien qu’une autre fois, il me fera ce plaisir avec Blandine et Maria. Comment va-t-elle avec son petit riri. Je n’ai jamais su si son mari était venu en permission, cependant je suppose bien que depuis longtemps il est venu voir sa famille. Hélas la séparation a été longue et nous n’en connaissons pas encore l’issue. Je voudrais bien lui écrire mais je suis toujours harassée de travail et je suppose que sa position doit être guère meilleure que la mienne. Elle me parlerait de son mari, s’il est dans les tranchées, ce qui est fort probable car Joseph qui est plus âgé que lui, son régiment était en première ligne depuis 3 mois. Heureusement lui avait été versé dans la section alors n’a pas occupé les tranchées. On devait le mettre en arrière ces jours-ci.
Cette semaine, je l’ai attendu tous les jours car il s’attendait à venir pour une permission de 6 jours, il devait partir le premier jour de cette semaine et je vois qu’il n’arrive pas. Cela me met dans l’inquiétude de toutes sortes d’idées me passant dans la tête. On est tellement à l’école du malheur que tout est appréhension.
Je termine car c’est 10h et demain je dois me lever de grand matin pour faire mon travail, devant aller au marcher.
Recevez de votre sœur les meilleurs et les plus affectueux souhaits de bonne année, puisse 1916 nous apporter bientôt cette paix après laquelle nous soupirons depuis bien longtemps. Les enfants se joignent à moi pour vous embrasser affectueusement.