8 décembre 1915 - Ma chère Blandinette...

Je réponds à ta lettre datée du 3 que j’ai reçue hier soir avec grand plaisir en apprenant de tes nouvelles. Pour moi, ça va toujours à merveille et jamais bileux, nous ne sommes relevés qu’après-demain, le 10, ça ne fait plus que 2 jours quand même à rester dans la merde jusqu’aux genoux, car nous nettoyons les boyaux parce qu’il pleut chaque jour mais tu sais, je ne m’en fais pas quand même. Pour ma permission, ça a très bien marché, personne ne m’a rien dit et j’attends avec impatience d’y retourner, car tu sais tous les jours il en part pour la deuxième fois, alors courage et patience, ou peut-être la guerre finira avant. Nous avons bu la goutte et tout bouffé ensemble avec l’escouade mais tu sais, tout a été trouvé excellent, par tous, tu peux m’envoyer un colis quand tu voudras, je suis prêt à le bouffer, surtout qu’aux tranchées comme dit Rémy, on n’a pas de trop, mais moi je ne m’embarque jamais sans biscuit, alors j’ai toujours de quoi manger. Hier j’ai reçu une carte de XX, il est en bonne santé. 
Assez pour aujourd’hui, embrasse bien le papa, la maman, Maria et Riri et surtout ne vous faites pas du mauvais sang et pour toi mille baisers de ton petit frère. 

Henri. 
J’y joins une carte de mon collègue xx que j’ai reçue hier et est en perme. PS : je fais ma lettre assis sur un litre mais vide.