7 décembre 1915 - Chère petite sœur...

Me voici epis hier à 4 h en réserve dans de grandes caves dans la terre où on y loge toute une compagnie, puis on y est bien, il n’y fait pas froid du tout, du reste, il ne fait point de froid. Je n’ai pas resté longtemps en première ligne, pas un jour. Nous sommes levés demain, enfin on ne se fait pas de bile, du reste tu sais bien que je ne suis pas bileux. Les boyaux sont pénibles car il y a de la boue jusqu’aux genoux. Alors tu parles si on rigole la dedans. Il y en a qui font les xx, sans cela ils n’y resteraient. Pour moi, je sors toujours, je m’en fais jamais, puis tu sais il part toujours des permissionnaires tous les jours, alors à bientôt, on se fera encore du bon sang si la guerre n’est pas encore finie. Ayez toujours bon espoir et confiance, peut-être il y aura bientôt du changement, surtout ne vous faites pas de mauvais sang du tout. 
Bien le bonjour à tous les parents et voisins et pour vous tous bien des mimis de votre petit chasseur qui ne s’en fait pas. 

Henri. 
PS : J’y joins l’avis de gare du colis de mes effets civils en arrivant en Corse. Je voulais le laisser là haut et n’y ai pas pensé.