9 décembre 1915 - Ma chère Titine...

Je réponds à ta lettre du 4 que j’ai reçue hier soir avec tant de plaisir en apprenant vos bonnes nouvelles. Et bien moi ça va toujours à merveille et ne me fais jamais de bile mais cependant je suis comme toi, il me semble qu’il y a déjà 6 mois que je vous ai quitté, seulement je vois tous les jours partir des permissionnaires pour la 2ème fois, alors mon tour rapproche. Courage et patience et nous aurons le bonheur de nous revoir et puis revivre en famille. Nous travaillons à nettoyer les boyaux et faire quelques corvées, enfin on passe son temps. Chaque jour, nous avons un peu de pluie pour ne pas changer. Nous sommes relevés demain ou dans la matinée d’après-demain. Et puis s’il n’y a pas de changement, restons 18 jours sans monter en première ligne, en repos ou en réserve bien en arrière. A présent, on ne prendra que 6 jours de tranchées et 6 jours de repos. Tu me dis que tu ramasses les feuilles mais tâchez de ne pas trop travailler, surtout la maman. Mon caporal est reparti en permission. A la Compagnie, presque tous les cabots sont en permission et même les sergents. Le mien repart demain. Si tôt que tu pourras, envoie-moi l’adresse de Ferdinand et les deux Lions, ils ne m’ont pas encore écrit. 
Plus rien pour aujourd’hui, surtout ne vous faites jamais de mauvais sang pour moi car tu peux être sure que moi je ne m’en fais pas et sais me mettre à l’abri. Le bonjour à Rémy et Ferdinand. Embrasse bien le papa et la maman, Maria et Riri et pour toi mille baisers. 

Henri.