12 décembre 1915 - Ma chère petite sœur...

Je réponds à ta lettre du 7 que j’ai reçue hier soir avec très grand plaisir en apprenant vos bonnes nouvelles et je vois que vous faites toujours votre petit boulot, mais surtout ne travaillez pas à vous fatiguer. Pour moi, ça va toujours à merveille et ne me fais jamais de bile. Hier soir, en arrivant nous avons bu un bon petit coup et aujourd’hui ce soir, nous allons souper dans un bistrot. On va s’en fourrer plein la gueule, vous voyez par là que je ne m’en fais pas. Aujourd’hui, c’est dimanche mais je n’ai pas pu aller à la messe car on est plein de boue, alors on commence à se nettoyer. Si je peux, je vais aller aux Vêpres. Comme tu dis, les 8 jours de bonheur ont été vite passé, mais je vois que je pourrais y retourner au mois de février, alors ce n’est pas loin. Déjà ce matin, j’ai lavé et balonné une paire de chaussettes, celles en coton que je portais car en les ayant mouillées, elles étaient toutes déchirées, mais ça ne fait rien. C’est le gouvernement qui paye. Tu vois aussi que les jeunes n’ont pas montés sur le front tout de suite, enfin il ne faut jamais s’effrayer à l’avance, et peut-être que bientôt nous aurons la paix. 
Enfin en attendant le bonheur de nous revoir, je vous embrasse tous bien tendrement. Le bonjour à Rémy et Ferdinand ainsi qu’aux voisins et ne mangez pas trop de confiture. 

Ton petit frère Riri.