13 décembre 1915 - Ma chère petite Blandine...

Deux mots aussi aujourd’hui pour te donner de mes nouvelles qui sont toujours très bonnes et j’espère bien que ma lettre vous trouvera tous de même. Hier soir, l’escouade nous avons soupé en ville et avons bu un bon petit coup, tu peux croire que je ne me fais jamais de bile. La prochaine fois que nous allons aux tranchées, la Compagnie reste en réserve à Saint-Eloi, alors là nous serons en cantonnement et à présent, on ne prendra que 6 jours de tranchées et 6 jours de repos, ce qui fera que nous aurons 18 jours de repos. Tous les jours, nous touchons la goûte, même au repos et aux tranchées, nous en avons un demi car chacune double ration cause du mauvais temps, mais hier le temps a changé. Aujourd’hui il fait beau, alors je vais en profiter pour laver ma chemise et mon caleçon. Je l’ai pendu entre les jambes alors je suis obligé de le laver pour le coudre car en ce moment on en touche pas. Il faudrait tâcher moyen de m’envoyer un fromage, de ces gros si tu veux, une Sarassonne car Vallon en a apporté une et tous le trouvent bon, alors il y en aurait pour l’escouade. Je voulais aussi te laisser un couteau que j’ai oublié dans ma poche. Heureusement que bientôt je pourrais te le porter, pourvu que je pense à le laisser. 
Enfin, plus rien pour aujourd’hui. En attendant de vous revoir, je vous embrasse tous bien tendrement.