3 novembre 1915 - Chère Blandinou...

Je réponds à ton aimable lettre que je viens de recevoir avec plaisir en apprenant tes bonnes nouvelles. Pour moi, je puis t’en dire de même, ça va toujours à merveille et ne me fais jamais de bile. Aujourd’hui, nous avons tout de même le beau temps alors on est bien pour nettoyer nos tranchées, car ce temps nous fait du travail et nous fait bougrement salir. Enfin bref, nous avons tout de même plus que 2 jours à bagotter dans cette boue, nous sommes relevés le 6 au matin, après 24 jours de repos et peut-être la permission en même temps. Toujours je vous enverrai un mot pour ne pas trop vous surprendre. T’as peur que je ravisse quelque petite poule, mais va ça ne craint rien, je suis toujours sérieux, autrement il y en a qui ont bonne mine comme toi et puis c’est surtout le pays qui me plairait, enfin vivement que je puisse aller à Désaignes de nouveau, ça vaudra mieux que tout ça. Nous allons toucher les 5 sous en arrivant au repos, tout le mois d’octobre, ce qui nous fait 6fr75. Tu parles d’un prix. J’espère que la maman va mieux car je crois qu’elle ne va pas trop bien. Quand moi, j’y serais, je l’aurai vite guérie, tu verras comme je m’en fais. 
Je vous embrasse tous bien tendrement. A bientôt. 

Henri.