5 octobre 1915 - Toulon - Cher oncle et chère tante...

J’en profite aujourd’hui que j’ai deux minutes de repos pour vous écrire une petite lettre. Je vous dirai tout d’abord que je suis toujours en bonne santé pour le moment et je désire que ma lettre vous en trouve tous de même. Je vous dirai tout d’abord que je ne me fais pas de mauvais sang car je suis mieux bien qu’au camp de Chibron, on barde moins et surtout ce qu’il faut remarquer, qu’au moins on ne couche pas dehors, car ici nous dormons dans des casernes. Cela ne se ressemble pas du tout avec les tentes. Aussi il faut croire que le temps ne me dure pas de retourner au camp de Chibron, car je ne voudrais jamais plus le revoir ce sale camp. Chère Tante, lorsque vous m’écrivez, vous donnerez l’adresse du cousin Henri car je lui ai écrit il y a peut-être 3 semaines et il ne m’a pas répondu. Il doit avoir sans doute changé d’adresse, alors la lettre se doit être perdue en chemin. Je vous dirai aussi que je croyais pouvoir aller en permission, mais je vois avec peine qu’il n’y a pas encore moye pour le moment. Quand est-ce que finira cette maudite guerre qu’il faut tout verser des larmes et qui met tant de pauvres familles dans le deuil et dans la misère. Chère Tante, vous direz à Rémy Charlier que j’ai trouvé son frère Louis l’autre dimanche, nous nous voyons souvent. Cela fait passer le temps car on aime tant à trouver des amis du pays. Vous lui donnerez un bonjour de ma part. Le bonjour de ma part à toute la famille sans oublier la cousine Maria et petit Riri. Quand vous écrirez à Rémy Goudard, vous lui donnerez un bonjour de ma part. 

 Votre neveau qui vous embrasse tous bien fort. Léon Vareille au 112 de ligne, 28 camp Toulon, Var.