4 octobre 1915 - Ma chère Blandinou…

Je réponds à ta lettre du 1er reçue avec grand plaisir en apprenant vos bonnes nouvelles. Pour moi, je puis t’en dire de même, ça va toujours à merveille. Dieu merci, et puis tu peux croire que je ne me fais jamais de bile. Je comprends combien vous devez être inquiets si vous avez resté 5 jours sans nouvelles, je t’ai pourtant toujours écrit au moins un jour ou l’autre, enfin j’espère qu’à présent ça arrivera mieux en tout cas, nous sommes toujours en arrière, bien tranquilles. Voici le travail que nous faisons. Le matin, on se lève pour boire le café, on fait griller une bonne portion de pain puis on bouffe ça, ensuite on joue aux cartes jusqu’à la soupe. Après si on a sommeil, on se recouche et puis on rejoue. Enfin c’est notre travail, nous brûlons les poutres des maisons démolies, ça chauffe bien tu sais. On ne s’en fait pas une minute. Je viens aussi de recevoir une lettre de Marie du Vergier m’expliquant les cuvées de vin que vous avez fait et puis il y en a pour moi. Ce qu’il paraît que Léon va avoir une autre permission avant de monter ici. Alors chez toi, il y fait bien froid et bien ici pas trop, un peu les nuits, mais c’est tout. 

En attendant d’aller boire le vin, je vous embrasse tous bien tendrement et du fond du cœur de chasseur, je n’ai pas envie de cuver comme tu as l’air de me dire xx ta lettre, ton petit frère Riri.