9 octobre 1915 - Chère Blandinette...

Je réponds à ton aimable lettre que j’ai reçue avec grand plaisir en apprenant tes bonnes nouvelles et puis je vois que tu as reçu mes lettres tout de même avec le temps et la patience, et bien moi ça va toujours à merveille et ne me fais jamais de bile bien loin de là comme tu me dis, je pense et prie souvent la Sainte-Vierge, j’ai bien confiance qu’elle me protégera. Alors tu trouves qu’Albert est devenu bien raisonnable, tant mieux. Tu comprends, dans les tranchées il y a des moments où on voit un peu de tout, qu’il soit tête ou non ça leur donne tout de même à penser, ça change pas mal de caractère d’abord on devient abruti. Ce qui me fait envie c’est le triage des vins, là il y aurait un bon coup à boire et pourtant je suis loin, enfin je me rattraperai plus tard, alors le vin sera plus vieux et meilleur. Cette année, il doit être bien puisque vous avez vendangé si bonne heure. Enfin pour le moment, je suis obligé de me priver de tout, mais je me rattraperai plus tard, ce n’est pas perdu, tu verras ça. En attendant, embrasse bien nos chers papa et maman, sœurs et petit Rémi et tout le fourbi en attendant que j’aille le faire et pour toi 1000 baisers à leur distribuer mais garde ta part. 

Ton petit frère et chasseur qui pense à vous tous. Vareille Henri.