27 août 1915 - le front - Ma chère petite sœur...

Je m’empresse de t’annoncer l’arrivée de mon colis à très bon port et j’ai été surpris car je ne l’attendais pas. Il était d’une carte postale du papa venant de La Louvise, ce qui m’a fait un très grand plaisir.
Dans mon colis, il y avait 2 fromages et un morceau de jambonnette et de saucisse. Le tout est excellent, tu peux continuer. Ce qui m’a épaté, c’est qu’il n’y avait pas de lettre, alors je l’attends demain.
Je pense que vous êtes toujours tous en parfaite santé. Pour moi, ça va toujours à merveille et ne m’en fais jamais.
Aujourd’hui, il est arrivé une histoire que je ne m’attendais pas du tout. Tu sais le Commandant de Corté a envoyé une feuille au bureau comme quoi que au mois de janvier, j’ai touché un mandat de 20 fr pour Veilha. J’avais griffonné son nom pour y mettre le mien et tu comprends que je ne veux pas l’encaisser comme tu dois bien le penser, ce n’est pas vrai du tout. Il doit y avoir quelques malentendus, mais enfin si tu pouvais trouver Veilha et le savoir à ce qu’il paraît que le mandat lui a été réclamé. Si c’est à Veilha, on le trouverait plus tard, mais pour moi je suis bien tranquille de ce côté comme j’ai dit au chef, quand j’ai besoin d’argent, j’ai mes parents pour m’en envoyer. Ca va probablement rester là mais j’aimerais savoir si c’est Veilha.
Il fait toujours un beau temps superbe. Ce matin, j’ai acheté un bol de lait et me suis fait un bon déjeuner, un café au lait, ici dans cette maison. Nous sommes comme chez nous. Quelques fois je me fais un bol de chocolat. Tu vois comme je me soigne bien.

Plus rien pour aujourd’hui. Il me reste qu’à vous remercier et vous embrasser tous du fond de mon petit cœur. Le bonjour à l’oncle et à Rémy. Votre petit Riri qui ne s’en fait pas.