Le 9 juillet 1915 -le front - Ma bien petite sœur...

Je réponds à ton aimable lettre que je viens de recevoir avec tout le plaisir en apprenant vos bonnes nouvelles et je suis heureux d’apprendre que vous ayez tout rentré le foin avant la moisson, alors comme je pensais, vous avez commencé à moissonner. Vous êtes aussi en avance que si moi j’y étais. Ici on ne tardera pas non plus à commencer de couper le seigle mais il n’y en a pas beaucoup, c’est plutôt du froment.
Ma santé est toujours très bonne. Tachez moyen de bien soigner au fait la maman de Valonière, à ce que son mal d’estomac lui passe au plus tôt.
Ce soir, je vais de nouveau au Salut. Hier l’aumônier a donné un petit crucifix à ceux qui en voulaient. Et avant-hier des Sacré-cœurs. Et moi j’en ai pris.
Je vois que tu as toujours de la chance avec tes lapins. Il a dû en attraper une indigestion et ma foi il en sera crevé, ce qui fait que tu as une double perte. Ne vous est-il pas aussi crevé un veau car Maria m’a dit que l’oncle lui en a parlé, ou même que la tienne j’ai reçu une lettre de la Tante Maria me disant que l’oncle n’a pas été pris heureusement.
Ce matin, nous avons fait une marche de 15 km. Tout le bataillon, la musique pour jouer du clairon, trompette et tout le fourbi jusqu’au commandant. Cet après-midi, nous n’avons rien fait. Je peine bien moins que vous. Tu me dis que je vais te trouver bien vaillante et bien moi je serai bougrement fainéant.

Le bonjour à l’oncle, Rémy ainsi que chez lui et aux voisins, et pour vous tous les meilleures mimis et caresses de votre petit qui pense à vous et ne s’en fait pas. Henri.