Le 8 juillet 1915 - le front - Ma chère Blandinou...

Aujourd’hui aussi je viens m’entretenir avec toi et te donner de mes nouvelles qui sont toujours très bonnes et dont j’espère que ma lettre vous trouvera tous de même.
Hier notre capitaine a arrosé un peu son 3ème galon. Il nous a payé un quart de vin blanc, un cigare de 2 sous et un paquet de tabac chacun. Il fait pourtant la moitié de son devoir.
Le temps n’est jamais bien beau. Nous avons souvent la pluie. Ce matin, on a pris les noms de ceux qui n’ont jamais été évacués du fond pour aller en permission pour 8 jours, une quinzaine par compagnie et pour départ, ça commence à en partir ce soir. Et on attendra que ceux-là soient rentrés pour en envoyer d’autres. Comme ça demande encore du temps, je pense que d’ici là sera finie.
Les 2 billets que la tante Violaine m’a envoyés, je te les renvois à toi car ici on ne veut pas les changer, alors je m’en débarrasse, il faudrait les remplacer par 2 de 5 ou 10 francs, car ça commence à s’avancer. A présent, nous ne payons le vin que 19 sous, on trouve quand même un peu de tout, nous ne faisons toutefois pas de mauvais sang. J’y mets une lettre de Carle Ferdinand que je viens de recevoir ce soir.

Je ne t’en dis pas davantage aujourd’hui, en attendant le plaisir d’avoir de tes nouvelles et ensuite vous revoir. Je vous embrasse tous bien tendrement sans oublier l’oncle, le bonjour à Rémy et aux voisins. Votre petit chasseur Riri.