27 juillet 1915 -le front - Mes chers parents et chère belle-sœur...

Il y a déjà longtemps que je ne vous ai pas écris alors aujourd’hui il faut que j’en profite car il pleut. Ils ne peuvent pas nous mener à l’exercice.
Je suis au repos depuis le 22 juillet et nous restons 6 jours. Demain soir à 17h, nous repartons pour les tranchées en première ligne. Nous allons y rester 6 jours et puis nous allons en 3ème ligne. Là on nous fait travailler à faire des tranchées ou mettre des fils de fer barbelés ou à faire des abris de bombardement. Enfin bref quand est-ce que ça va finir ? le temps est rudement long. Voilà un an et pas plus avancés que le premier jour.
Hier j’ai reçu une lettre de Maria. Elle me dit que vous êtes à la maison pour faire des gerbiers avec vos domestiques et ma belle-sœur. Pauvre papa, quelle misère que vous devez avoir pour moi. Déjà vous avez bien assez à faire chez vous, surtout en cette époque, je vous remercie bien.
Oui avec tout mon malheur, j’ai encore bien de chance de vous avoir là près, surtout pour Maria. Je ne sais pas ce qu’elle serait devenue si au moins la mère Goudard était là pour l’encourager mais c’est au contraire, elle lui met plutôt le trac. Enfin ce n’est pas possible qu’il y ait des parents si bons et d’autres si mauvais. Je vous remercie infiniment. Si plus tard, j’avais le plaisir de pouvoir vous le rendre, je serais trop content.
Hier j’ai écrit à Henri. Il y a 4 jours que j’ai eu une lettre de lui. Il allait bien. Heureusement hier j’ai aussi eu une lettre de Bart. Il n’est pas loin de moi mais le pauvre n’est pas dans un bon secteur, il est aux Eparges. C’est souvent qu’il y a des attaques. Enfin autant pour les uns comme pour les autres, que ça finisse bientôt. Il y en a assez.

PS : Embrassez bien pour moi ma chère épouse et mon petit Riri que le temps dure de revoir.

PS2 : Je termine mes bons parents et belle-sœur en vous embrassant de tout mon cœur. Un grand bonjour à l’oncle Goudard. Rémy.
P
S3 : ma santé est excellente.