28 juillet 1915 - le front - Ma chère Blandinette,

Je réponds à ta lettre que j’ai reçu hier soir avec plaisir en apprenant que vous êtes toujours en parfaite santé et que vous ayez terminé vos plus grands travaux. Quant à moi, ça va toujours à merveille.
Aujourd’hui, j’ai fait une lessive, une chemise, deux mouchoirs, une paire de chaussettes et une cravate. Tu vois si j’ai bûché et pendant que ça sèche, je fais ta lettre ici sur l’herbe et au bord de la rivière. Ici nous avons une bonne source d’eau bien claire qui coule tout le temps.
Du vin blanc et rouge, de la bière et du café, mais pas d’alcool. Ca fait quand même assez.
A présent que vous avez un peu mieux le temps, il faudrait m’envoyer une chemise car j’en ai une qui commence à se déchirer et je ne sais pas quand on en touchera, ainsi qu’une paire de chaussettes car les miennes partent aussi et puis si tu veux y ajouter quelques sous pour boulotter, ça ne fera jamais de mal. N’oublie pas ma blague, une chemise qui se lave presque seule si tu trouves.
Je vois que vous voyez des permissionnaires. Tu donneras le bonjour à Bart si ma lettre arrive à temps.
Ici il ne fait pas très chaud, les nuits sont toujours un peu fraîches et de temps en temps on a la pluie.
Plus rien de nouveau pour aujourd’hui. Comme je te l’ai déjà dit, nous sommes au repos pour 20 jours.
Demain le général passe la revue des cantonnements alors aujourd’hui il faut nettoyer. Le bonjour à l’oncle Rémy et pour vous tous mes amitiés.
Hier j’ai reçu une lettre de l’oncle Henri, il est maintenant dans les Vosges.

Vareille.