Je m’empresse de répondre à ta lettre que je viens de recevoir avec beaucoup de plaisir en apprenant que vous êtes toujours en assez bonne santé, et pour terminer vos plus grands travaux.
Tu me parles drôlement sur ta lettre. Tu dis « je pense que ma lettre te trouvera encore plein de vie », dis donc il ne faut pas te figurer que j’ai envie de crever. Ca va toujours à merveille et j’espère que la Sainte-Vierge va me conserver comme ça encore bien longtemps, ne te figure pas que j’ai envie de me désespérer car j’en suis longuement loin. Tu peux croire que je ne me fais pas de mauvais sang, surtout que demain soir nous allons au repos pour 20 jours.
Aujourd’hui c’est dimanche mais je ne m’en suis guère aperçu dans ma tranchée. J’ai quand même dit mon chapelet alors tu vois comme je suis sage.
Alors ce pauvre Ferdinand Charyie a été tué. C’est bien malheureux. Puis je vois que tous les jeunes ont des permissions. Moi la mienne j’espère bien que la guerre finira avant. Enfin, toujours je ne m’en fais pas, vous pouvez être tranquilles.
Tu as bien fait de m’envoyer l’adresse de Camille mais je lui ai écrit plusieurs fois, je n’ai pas eu de réponse. C’est la même chose d’Albert.
Enfin plus rien pour aujourd’hui, le bonjour à l’oncle Rémy et aux voisins et pour vous tous les caresses de votre petit chasseur Ricou.
PS : je viens de recevoir une lettre de Louis Chatelus qui vous envoie bien le bonjour.