24 juillet 1915 - le front - Chers Papa, Maman et petite sœur...

Aujourd’hui aussi je viens m’entretenir un peu avec vous. Je pense bien que ma lettre vous trouvera tous en bonne santé, malgré toutes les fatigues que vous avez à endurer en ce moment. Pour moi, ça va toujours à merveille et vous pouvez croire que je ne m’en fais jamais une minute, malgré que les boches nous arrosent toujours de temps en temps avec leurs marmites, mais enfin on les arrose aussi eux toute la journée. Je n’ai fait que dormir ou jouer aux cartes, alors vous voyez qu’on ne se bile pas trop. Nous sommes en réserve et demain soir nous allons plus en arrière pour un jour ou deux, après nous allons au repos pour 20 à 22 jours.
Ce soir, je viens de recevoir une lettre du Vergier me disant que Léon venait en permission. Ce qui doit leur faire plaisir à tous et ils veulent en profiter pour battre et peut-être vous aussi quand la batteuse sera là. Quoiqu’il ne doit pas faire bien beau pour charrier les gerbes. Ici nous avons toujours la pluie de temps en temps, une petite pluie mais c’est quand même dégoûtant car ici la terre est grasse, alors pour marcher c’est pénible et pas commode.

Plus grand-chose pour aujourd’hui. Du reste, je ne vois plus guère, voilà la nuit qui vient. Le bonjour à l’oncle Rémy ainsi qu’à tous les parents, aux voisins et pour vous tous les caresses et amitiés de votre petit Henri qui pense à vous et ne s’en fait pas. Vareille Henri.