2 juillet 1915 - le front - Ma chère Tinette...

Je ne laisse pas passer non plus la journée d’aujourd’hui sans te donner de mes nouvelles qui sont toujours excellentes et j’espère bien que ma lettre vous trouvera tous de même si le temps vous le permet. Vous devez avoir à présent un bon peu de foin du frais coteau de Ramassin. Ici le temps n’est jamais bien joli. Il ne pleut pas mais nous avons souvent des brouillards.
On progresse toujours mais ça va bien doucement. Nous sommes toujours dans notre château et on fouille toujours. C’était un notaire qui devait l’habiter, car on y trouve des papiers marqués où il y a des ventes ou achats de domaine. On ne s’y fait toujours pas de la bile tu sais, on mange de la groseille, on ramasse des fleurs enfin on s’amuse comme des gamins.
Ce matin, nous sommes allés toucher des petites échelles boches dans leurs tranchées, qu’on leur a enlevées, et cet après-midi, nous n’avons qu’à dormir.
Tu peux dire à l’oncle si il est avec vous que j’ai toujours sa pipe qu’il m’avait donnée. Je la fume souvent et puis j’en vois plus de semblable et presque tous ceux qui la voient la trouvent jolie, même on s’y amuse dans les tranchées. Donne lui le bonjour de ma part.

Embrasse bien le papa et la maman pour moi ainsi que Maria et Riri et pour toi les caresses de ton petit frère qui pense à vous et ne s’en fait pas. J’écris aussi à Henri Maneval pour savoir où il est.
J’y joins quelques fleurs de Carency et puis deux XX qui viennent de Jamaysre.