1er juillet 1915 -le front - Ma chère petite sœur...

Je réponds à ton aimable lettre que j’ai reçue hier soir avec beaucoup de plaisir en apprenant que vous êtes toujours en bonne santé et puis te remercier des 100 sous que j’y ai trouvé dedans. Ils sont aussi bien arrivés, car depuis hier soir nous sommes en réserve. Nous y restons je crois 3 jours, puis on va de nouveau au repos, alors j’aurai bien le temps de les boulotter. Nous sommes en réserve dans Carency, logés dans les caves et ruines d’un joli petit château où il y a un beau jardin autour. Nous y trouvons de toutes sortes de roses et de fleurs, des poiriers même, des cerisiers mais elles ne sont pas encore mûres. J’y ai mangé quelques fraises, de la groseille qui n’était pas mauvaise. Là nous sommes très bien aussi.
Tu me dis que l’oncle de Bignais vient vous voir. Je le savais déjà car la cousine Fany me le disait dans une lettre. Dis lui bien des choses de ma part.
Tu penses dans ce château, si nous le visitions dans tous les coins. Il y a une chambre qui est pleine de livres qui ne parlent que des lois, alors ça ne m’intéresse guère. Il y avait de jolis meubles et de beaux tableaux mais tout est dévalisé. On ne voit que les mines. J’en vois des choses de toutes sortes. Nous avons encore enlevé une tranchée boche, la 8ème et la 9ème compagnie comme je te dis depuis hier. Nous sommes en réserve. Tu me dis que tu m’écris 3 fois par semaine. Je reçois bien 3 lettres. Je vais finir par t’emmerder car je comprends très bien que tu n’as pas le temps de m’écrire.

Plus rien pour aujourd’hui. Embrasse bien le papa et la maman ainsi que Maria et Riri pour moi et l’oncle et pour toi mes amitiés. Le bonjour à Rémy. Je joins à ma lettre deux ou trois plans du château. Henri.