9 juin 1915 - le front - Ma chère Blandinou...

Je réponds à ta lettre que je viens de recevoir avec plaisir en vous apprenant tous en bonne santé. Pour moi, ça va toujours à merveille.
Aujourd’hui, nous sommes de nouveau venus conclure aux tranchées, nous sommes de réserve alors on est bien loin de l’ennemi. Pour le moment, nous ne risquons rien du tout. Nous y restons 5 jours.
Tu me dis que les journaux ne parlent pas trop bien, cependant ici ça ne va pas vite, mais nous avançons toujours. Surtout ne t’en fais pas pour moi, car tu sais moi je ne m’en fais pas une seconde seulement.
Le temps est à l’orage aussi aujourd’hui, mais nous couchons sous des meules alors on ne risque rien du tout. Tu sais, on trouve toujours moyen de se démerder.
Alors tu me dis que Ferdinand de Jamaysse se fait bien du mauvais sang, c’est malheureux pourtant il a tort car ça n’avance en rien. Au contraire, un moment que j’aurai le temps, je lui écrirai. Mais je l’ai déjà fait plusieurs fois.
J’ai reçu ma clef de montre, elle y va à merveille. Je l’ai vite montée car le temps me durait.
Je ne t’en dis pas davantage pour aujourd’hui, du reste je n’y vois plus rien. Puis il y a le 75ème là à côté qui me casse les oreilles. Je m’en vais me coucher alors au revoir et merci. Embrasse bien le papa et la maman et rassure les, car moi tu sais je suis tout à fait tranquille.

Votre petit Riri qui vous embrasse bien tous tendrement. Ricou.