Aujourd’hui, je viens de nouveau passer un moment à te faire la causette. Je te l’ai dis hier mais en réserve, nous sommes là comme des rois. On a rien à faire du tout, ce matin, j’ai joué toute la matinée aux cartes et cet après-midi, je viens de faire un bon sommeil. A présent que nous sommes dans les tranchées, chaque matin, on nous paye le rhum. Le temps est toujours malade. Mars, il ne fait pas grand pluie, ici c’est sec. Il n’a pas plu comme chez vous. Le trèfle des noyers est-il joli cette année ? Y aura-t-il un haut de fourrage ?
Tu me demandes si dans un autre colis, il ne faudra pas y mettre du tabac ou du papier ou cigarettes : non ce n’est pas utile du tout, car du tabac j’en touche du paquet tous les 10 jours, puis j’en trouve ici du papier aussi, puis souvent je fume une pipe. Mon chapelet je l’ai toujours, tu peux croire que j’y fais attention de ne pas le perdre et de temps en temps je le fais servir surtout les jours de repos. Chaque soir je m’en servais. Le jour avant de partir pour les tranchées, l’aumônier a donné à ceux qui en voulaient la médaille d’un scapulaire et un drapeau du sacré-cœur que nous mettons au képi, et moi j’en ai pris naturellement, alors il ne me manque rien du tout, puis j’ai tous les médaillons que j’ai apportés de la maison.
Enfin je ne t’en dis pas davantage. Ne vous faites pas de mauvais sang et ne turbinez pas trop si vous ne faites pas bien votre travail tant pis, surtout soignez-vous. Mes amitiés à tous, Riri.
PS : Maintenant je vais faire une autre partie pendant que vous bûchez comme des forçats. Ce n’est pourtant pas juste.