28 juin 1915 - le front - Ma chère petite sœur...

Deux mots pour te donner de mes nouvelles qui sont toujours excellentes, dont j’espère que ma lettre vous trouvera tous de même, malgré toutes les peines et fatigues que vous avez à endurer en ce moment. Ces jours-ci, le temps n’est pas beau pour vous, il ne fait guère soleil. Aujourd’hui, le temps est brumeux, il ne fait pas chaud. On est très bien depuis hier soir, nous sommes de nouveau dans les tranchées mais en réserve assez loin des boches. Puis nous avons de très belles maisons dans la terre où nous ne craignons rien des obus, et encore bien moins des balles. Tu peux croire qu’on ne s’y fait pas de mauvais sang dans ces baraques. Avec le caporal, nous sommes tous les deux dans la même.
Ce matin, quand je me suis réveillé, j’ai bu la Goûte, un moment après on nous a apporté le café, alors ensuite en attendant 10h, je finis ta lettre ainsi que une pour la tante Victorine qui m’a envoyé 2 billets de 1 fr, ce qui fait 2 francs. Lorsque nous serons au repos, je les ferai changer au Vaguemestre. Elle me charge de bien vous donner le bonjour car elle n’a guère à écrire comme vous le voyez pour vous.
Nous sommes du côté de Fouchez. Vous devez bien en avoir entendu parler sur les journaux.

Ne portez pas peine au moins, car ici on ne s’en fait pas une minute. Plus rien de nouveau pour aujourd’hui. En attendant le plaisir de nous revoir, je vous embrasse tous bien tendrement. Un petit chasseur qui pense à vous et ne s’en fait pas. Vareille.