27 juin 1915 - le front - Ma chère petite sœur...

Je réponds à ta lettre reçue hier soir avec tout le plaisir m’apprenant que vous êtes toujours tous en bonne santé. D’après ce que tu me dis, vous bûchez toujours à grand train pour faucher. Je te remercie du petit paquet de poudre pour les poux. Tout est arrivé à très bon port heureusement depuis celui dont je t’ai déjà parlé. J’en ai plus retrouvé, heureusement il devait être seul. Ma santé est toujours excellente et aujourd’hui dimanche, je me suis levé à 6h moins le quart, suis allé me confesser et faire ma communion à la messe de 6h. Je n’étais pas le seul, il y en avait beaucoup d’autres et à présent à 18h il y a une grand-Messe où je vais aussi assister car aujourd’hui nous n’avons rien à faire. Comme aumônier, nous avons un père missionnaire tout à fait gentil, c’est lui qui chaque soir nous fait un sermon. Il s’y entend pour prêcher. Chaque soir, c’est avec plaisir qu’on va l’écouter.
Nos sommes encore en repos, mais je crois que nous n’y resterons guère plus. Hier, en même temps que la tienne, j’ai reçu une lettre de l’oncle Hervé. Il est aussi en parfaite santé. Il est à Avenne-le-Compte en ce moment, mais il croit que sa division va changer. Ici, nous faisons partie de la 40ème division et du 33ème corps d’armée. Lui est à la 35ème division.
Le temps n’est jamais bien joli, ça doit bien être la même chose chez vous.

Enfin, plus grand-chose pour aujourd’hui. Au moins ne vous en faites pas pour moi car ici on ne s’en fait pas, bien loin de là. Embrasse bien le papa et la maman pour moi, ainsi que Maria et Riri. Le bonjour à Rémy et Ferdinand ainsi qu’aux parents et voisins et pour toi les plus douces caresses de ton petit frère qui pense à vous. Riri.