29 juin 1915 - le front - Ma chère petite soeurette...

Je réponds à ton aimable lettre que j’ai reçue hier avec grand plaisir en apprenant que vous êtes toujours en bonne santé. Je vois que c’est le même qu’ici. Vous avez souvent la pluie. Il ne pleut très peu mais naturellement ça vous retarde et surtout voir tant de foin par terre. Prenez patience et courage en attendant. Vous arriverez à bout tout de même. Je suis très heureux d’apprendre que vous avez une belle récolte. Même ici, le seigle commence bien à jaunir. Que de fourrage qui va se partir ici entre les lignes de front. Il y en a pourtant une belle récolte aussi et dire qu’il faudra que ça sèche là tout droit.
Je me porte toujours à merveille et suis toujours en deuxième ligne. Demain soir, je crois que nous allons en réserve pour 3 jours et puis de nouveau au repos. On ne s’en fait jamais tu sais.
Hier j’ai passé mon après-midi à dormir ou jouer aux cartes. Temps en temps on prend une heure de faction et c’est tout le travail que nous avons.
Tu as bien fait de m’envoyer l’adresse de Henri Chomel. Je vais lui écrire car ce matin j’ai bien le temps. Malgré les coups de canon et de fusils que j’entends je dors quand même comme une souche. A présent, j’en ai tout à fait l’habitude.
Je ne vois plus grand-chose à te dire pour aujourd’hui et que je vous recommande au moins, ne vous en faites pas pour moi, car croyez le je ne m’en fait pas une seconde et soignez-vous bien en attendant que nous aurons le plaisir de nous voir tous bien portants et bien contents. Le bonjour à Rémy, Ferdinand et aux voisins. Je vous embrasse tous bien délicatement, mais de loi. Votre petit Riri.