Aujourd’hui aussi je viens m’entretenir avec toi car j’ai bien le temps. Nous avons la pluie alors nous restons dedans. Ce matin, à 9h, il y a eu une cérémonie funèbre pour un major qui a été tué dans les tranchées en pansant des blessés. Il paraît que c’était un très bon médecin, alors presque tous les soldats et gradés y étaient. Chaque soir à 18h30, je vais au Mois du Sacré-Cœur. Avant-hier, l’aumônier a donné une médaille de scapulaire à tous ceux qui en voulaient. Moi j’en ai pris une. Ce qui fait que maintenant j’en ai trois. Tu vois si je suis bien monté. Malgré que nous soyons au repos, ils ne peuvent pas nous laisser tranquille. Malgré la pluie, ils nous ont encore fait un peu de théorie.
Hier, il est arrivé des hommes du dépôt. Il y en a même 6 qui ne savent même pas tirer un coup de fusil, alors comment voulez-vous que ces pauvres diables ne se fassent pas tuer. Il y en a qui s’en portent autrement, ils les dresseraient un peu plus que ça. On a besoin que ça finisse bientôt de toute manière. Tu peux croire qu’on ne se fait pas de la bile, toujours si tu nous voyais amuser. Tu dirais tout à fait des gosses qui vont à l’école.
Le temps n’est pas beau pour vous, mais ici, c’est sec. On a besoin de pluie. C’est peut-être la même chose chez vous.
Plus rien de nouveau pour aujourd’hui, ne portez pas peine. Du reste, je vous écris tous les jours. C’est quand même un peu trop souvent, enfin j’ai le temps.
Hier, j’ai reçu la photo de Riri et Maria, ce Riri est superbe, c’est tout ce qu’il y a de charmant.
Embrasse les bien pour moi et n’oublie pas le papa et la maman. Pour toi, les baisers de ton petit frère qui pense à vous et ne s’en fait pas. Une bonne poignée de mains pour Rémy car il est vraiment veinard, il a le bien de laisser finir la guerre. Vareille Henri.