Je réponds à ta lettre que j’ai eu hier avec tout le plaisir en vous apprenant tous en bonne santé, et puis que Rémy soit de nouveau affamé. Tu peux croire que ça me fait plaisir et m’enlève bien du souci aussi. Car je sais que vous êtes bien montrés avec lui. C’est comme si moi j’y étais. Tu vois par là que la Sainte-Vierge vous protège et j’espère bien qu’elle me protègera moi aussi.
Depuis hier soir, nous ne sommes plus en première ligne. Nous sommes de réserve assez éloignés de l’ennemi. Nous allons rester là un jour ou deux puis nous irons au repos, mais on en a grand besoin car on est sale comme des teignes dans ces tranchées. On se fait de véritable cochon alors j’ai de nouveau besoin de faire la lessive.
Je vois sur la lettre qu’on n’en a guère ajourné de ces jeunes gens. Quelle chance que Rémy soit resté.
Vous fauchez à grand train pour rentrer le foin ou en faucher en effet que ces jours-ci il fait un temps superbe pour ce travail. Travaillez mais n’oubliez pas de bien vous soigner. N’avez-vous pas d’herbe dans les blés car ici j’ai remarqué que dans certains endroits, c’était rempli de gougettes. Le taureau de Groûle va-t-il toujours bien ? J’ai remarqué que tu te levais matin pour m’écrire car je comprends que dans la journée, tu ne dois guère avoir le temps.
Enfin, vous ne vous faites au moins pas de mauvais sang pour moi, car je ne m’en fais pas une minute. Au contraire, en attendant le plaisir de vous voir, je vous embrasse tous bien tendrement. Hier j’ai reçu une lettre de Rémy. Il est au repos. Le bonjour à Rémy et aux voisins. Riri.