28 mai 1915 – le front - Ma chère Blandinette…

Je réponds à ton aimable lettre que j’ai reçu hier soir dans les tranchées avec plaisir en vous apprenant tous en bonne santé. Je viens de passer 5 jours dans les tranchées, seulement nous ne sommes pas allés en première ligne. Nous avons resté en deuxième. On n'était quand même pas loin des boches. Il te faudrait entendre siffler ces obus et les balles, on dirait un bombardement de mouches, c’est amusant. Seulement il ne faut pas être trop curieux, ne pas sortir son nez des tranchées, autrement les balles ne tardent pas de rappliquer. Dans la tranchée, chaque homme a un trou pour se cacher lorsque les obus tombent près de la tranchée.
Nous sommes partis cette nuit à 1h du matin au repos pour 5 ou 6 jours. Nous sommes dans un petit village à 15 km des tranchées, très agréable, nous y sommes très bien. J’ai commencé ma lettre hier, je ne la fini que ce matin 29, car je n’ai pas pu la finir hier. Nous sommes arrivés ici au cantonnement à 4h du matin. On est resté couché jusque 10h puis le restant de la journée, nous l’avons employé pour laver et nous nettoyer. Ici nous avons au moins de l’eau pour laver notre linge.
Le 27 on a fait encore 450 prisonniers boches et le 26, on en a fait 32. Nous avançons toujours.
Hier soir, je suis allé au Mai de Marie. Je suis tout près de l’église. Un prêtre soldat nous a fait un sermon.
Tu me dis que mes lettres mettent 6 ou 7 jours pour arriver. La dernière que j’ai reçue n’y a mis que 3 jours. Je suis content d’apprendre que la récolte soit jolie. Je vois d’après ce que tu me dis que vous êtes toujours en avance.
Je ne vois plus guère autre chose à te dire pour aujourd’hui. Ne prenez pas peine ni ne vous faites pas de mauvais sang, car ici on ne s’en fait pas. On joue aux cartes même dans les tranchées. Embrasse bien le papa et la maman pour moi et pour toi les meilleures caresses de ton petit frérot qui pense à vous tous et vous embrasse. Le bonjour à Rémy et à ses parents.
PS : Tison est du côté de Sillac. Il y a aussi un Vallat de Saint-Agiers qui était aussi à Corté.
PS 2 : Dans les chasseurs, j’en ai très peu de l’Ardèche. Ils sont tous du côté du Nord ou des environs de Paris.