29 mai 1915 – le front - Ma bien chère Tinou…

Ce matin, avant de me lever, je réponds vite à la lettre reçue hier soir avec grand plaisir en vous apprenant tous en bonne santé, et puis surtout qu’il y avait aussi le colis que je t’avais demandé, dont tu peux croire, je ne l’attendais pas aussitôt que ça. Il est parti le 26 et je l’ai reçu le 28 mai. Tu vois qu’il n’a pas mis longtemps. Il y avait donc une saucisse qui est excellente, du chocolat, un flacon d’alcool de menthe, des pastilles, du camphre et enfin la poudre à fusil dont je n’ai heureusement pas encore besoin. Tout est arrivé à très bon port. Je vous en remercie infiniment. Tu peux recommencer quand tu voudras, seulement la prochaine fois, tu y mettras ma blague à tabac. Tu voudras bien me mettre dans une lettre une clef de montre, celle du papa allait à la mienne. Hier j’ai trouvé le moyen de planter la mienne alors maintenant ma montre ne pourra plus marcher, tu mettras ça dans l’enveloppe pour la réparer.
Je vois que tu as vendu ton cochon et la poule, alors maintenant tu es riche. Et mon cochon ? je pense bien que tu ne me l’auras pas vendu, ni mangé. Depuis 5 mois, il doit commencer à être gros encore, 5 ou 6 mois que j’attende, il commencera à faire du poids si tu en as soin. Mais quand même, je ne pense pas qu’il pèse 120 kg.
Hier j’ai reçu 5 lettres alors tu vois qu’elles arrivent très bien. Il y en avait une de Rémy qui va lui aussi très bien.
Je ne vois plus guère autre chose à te dire pour aujourd’hui, il ne me reste qu’à bien vous remercier. Et en attendant le plaisir de vous voir, je vous embrasse tous bien tendrement. Le bonjour à Rémy et Ferdinand. Votre petit chasseur qui pense à vous. Riri.
PS : suis à 19 km d’Arras à Gauchy XX.