Je réponds vite à tes lettres que je viens de recevoir avec plaisir en vous apprenant tous en bonne santé. Seulement je vois que vous êtes bien inquiets de me savoir sur le front. Ce n’est pas une raison pour vous faire du mauvais sang. Vous êtes bien heureux que je sois resté jusqu’à présent, et je ne suis pas encore devant l’ennemi. Et puis enfin tous ne sont pas tués. Il y en a pas mal de ces vieux qui sont là depuis le début. Par conséquent, ne vous désespérez pas ainsi. Moi qui suis ici, j’entends très bien les coups de canon et bien jamais je ne me suis fait une minute du mauvais sang. Au contraire, les autres y vont, pourquoi je ne ferais pas comme eux. Il me semble que je suis pourtant un homme aussi.
Tâchez moyen d’avoir du courage jusqu’à la fin. Lorsque je serai dans les tranchées, je ne sais pas si je pourrai vous écrire quand je voudrai, mais il ne faudra pas vous en faire pour ça. J’écrirai aussi souvent que je le pourrai. Comme je te l’ai dit, j’ai resté 13 ou 14 jours sans lettre, mais je ne m’en faisais pas pour ça.
Aujourd’hui j’en ai reçu 9 dont 3 des tiennes : une du 6, l’autre 8 et la troisième du 16 mai, une de Maria, une de Jamaysse. Tâchez moyen de prendre courage et patience. Je me porte toujours à merveille et j’espère que cela continuera.
En attendant nous aurons le plaisir de nous revoir tous bien portant. La ferme où je suis logé, le patron est prisonnier. Il n’y a que la femme et ses 2 beau-frère et belle-mère. Une autre son fils prisonnier et elle lui envoie un pain chaque semaine. Par conséquent, estimez-vous heureux en comparaison des autres.
Recevez mes amitiés et surtout ne vous faites pas du mauvais sang.