20 mai 1915 – le front - Ma chère Blandinou…

2 mots pour te donner de mes nouvelles qui sont toujours excellentes et dont j’espère bien que ma lettre vous trouvera tous de même.
Je n’ai pas encore reçu de lettres depuis que je suis parti de Marseille, mais tu sais je ne m’en fais pas pour ça, ni plus ni moins, ça ne les ferait pas venir. Aussi lorsqu’il va se mettre à en arriver, ça vaudra le coup, il y aura de quoi lire. Je pense bien que tu dois recevoir les miennes.
Ce matin, nous sommes allés un peu à l’exercice. C’était plutôt une promenade, histoire de nous sortir un peu. Nous sommes tout à fait bien ici.
Le matin, nous avons toujours au moins deux quarts de café. A 10h en mangeant la soupe, encore autant. Et le soir à 9h, deux quarts de vin. Alors tu vois si nous sommes bien.
Les boches reculent toujours. A présent, on entend les canons beaucoup plus loin que les premiers jours.
Hier après-midi, nous avons assisté à la décoration de 13 gradés ou soldats du 42ème bât. de chasseurs à pieds. Il y a eu 4 capitaines décorés de la Croix de la Légion d’Honneur. Le Général leur a frappé 2 coups de son sabre sur chaque épaule en leur disant « au nom du Président de la République et des ordres qui me sont confiés, je vous fais Chevalier de la Légion d’Honneur » et après il les embrassait. Voilà comment qu’on les décore. Ça aurait dû être aux du 44ème car c’est eux qui ont pris Carenef xx ?, un village qui était une véritable forteresse. Vous devez l’avoir vu sur les journaux. Vous pouvez être heureux et fiers de me savoir du nombre de ces braves et vaillants héros. Il y a eu 10 sergents et 1 simple soldat qui ont été décorés de la médaille militaire.
Je ne vois plus grand-chose à te dire pour aujourd’hui. Surtout ne vous faites pas du mauvais sang, car moi tu sais je suis le plus heureux du monde en ce moment.
Le bonjour à Rémy et Ferdinand. Pour vous tous, ainsi que Maria et Riri, recevez les meilleurs souvenirs et amitiés de votre petit chasseur qui pense à vous. Vareille Henry.