18 mai 1915 – le front - Ma chère Blandinou,

Malgré que je ne reçois pas de vos nouvelles, je continue toujours à vous écrire car je pense bien que mes lettres doivent te parvenir. Je suis toujours au même endroit et en parfaite santé, dont j’espère que ma lettre vous trouvera tous de même.
Nous sommes si bien ici avec ces anciens. Ils ont tous de 30 à 43 ans, c’est pour nous de véritables frères de famille. Ils nous expliquent comment il faut faire sur le champ de bataille. Lorsque nous y serons, pour ne pas tant se laisser attraper par les balles ou les deux, on nous a dit qu’il faudrait nous faire envoyer de la poudre à feu car tous en ont eux et il est probable que nous ferons comme eux, alors faudrait m’en envoyer un peu ainsi qu’un flacon d’alcool de menthe. J’aurais trouvé tout ça à Marseille mais comme un âne que je suis, je n’y ai pas pensé. Maintenant si tu veux y mettre quelque chose pour boulotter, fais comme tu voudras.
Pour le moment, nous sommes des rois, mais je ne sais pas si ça durera longtemps. Pour les poux, heureusement encore je n’en ai pas mais il ne faut pas attendre le dernier moment. Dans l’escouade, lorsqu’il y en a un qui reçoit un collé, il y en a un pour tous. Nous sommes tout à fait en famille et puis on ne se fait de mauvais sang. A un moment, nous ne faisons rien du tout, on a juste les pommes de terre à éplucher.
Tachez moyen de ne pas vous faire du mauvais sang, ni plus ni moins, ça n’avance à rien. Au contraire, lorsqu’on se reverra, vous pourrez croire que j’aurai quelque chose à vous dire. En attendant, ayons toujours courage et confiance. Le bonjour à Rémy et aux voisins. Aujourd’hui, nous avons la pluie. Recevez de votre petit chasseur les meilleurs souvenirs et amitiés. Riri.
PS : Avec ce commerce de changer tout le temps de régiment, il y a 10 jours que je n’ai pas reçu de lettres. Mais je ne m’en fais pas pour ça, je ne suis pas si bête que ça. On est heureux ici.