11 mai 1915 – près d’Arras - Ma chère Tinou…

De nouveau aujourd’hui, je viens m’entretenir un peu avec toi. Je pense que vous êtes tous en bonne santé, pour moi ça va à merveille. Nous sommes cantonnés dans un autre village, toujours dans un beaux pays tout plein. Je n’ai encore point de traces de guerre, le terrain est tout cultivé. Je ne suis pas loin d’Arras.
On entend toujours le canon sans relâche ce qui paraît qu’on les travailles comme il faut ces boches. J’espère que lorsque moi j’y serai, la guerre sera vite finie.
Aujourd’hui, j’ai reçu 2 lettres : une du Vergier et l’autre de Chaudoreille. Alors je pense bien en recevoir une de toi un de ces jours, malgré que je ne sois pas à Marseille, les lettres me suivent très bien. Je t’ai mis un papier qui n’est pas bien en ordre, mais maintenant, il faut économiser par forces. Ces petits villages par là ne sont guère bien montés.
Il fait un beau temps superbe. La nuit est un peu fraîche mais quand même dedans ces greniers on n’a pas froid.
A tout moment, on voit passer des aéroplanes.
Je ne vois plus guère autre chose pour aujourd’hui. Ne vous faites pas de mauvais sang car ici on ne s’en fait pas. Embrasse bien le papa et la maman pour moi, ainsi que Maria et Riri, et pour toi les caresses de ton petit frère qui ne s’en fait pas. Riri.