Deux mots pour te donner de mes nouvelles qui sont toujours excellentes et dont je pense bien que ma lettre vous trouvera tous de même.
Aujourd’hui, pour moment, nous avons la pluie. Par moment et en même temps, il fait du vent. Alors ça fait aussi un froid de chien. Cependant, ces jours où il faisait bien chaud, comme je te l’ai dit hier, je suis dans les chasseurs à pieds depuis ce matin. Mais ce n’est pas des alpins, nous ne portons pas le béret. Nous sommes habillés comme chez les fantassins, du reste nous ne changeons pas d’effet, nous sommes cantonnés dans un petit village et je vois que nous allons y rester quelques jours car ceux que nous venons renforcer sont restés cachés qu’aujourd’hui dans les tranchées pour se reposer. Vous pouvez croire qu’en ce moment les français font du bon travail, alors cette fois-ci nous avançons, espérons que cela durera comme ça jusqu’à la frontière et que ce sera vite fini.
Ces jours-ci, on y a fait des prisonniers. Hier, j’en ai vu passer 1000 qu’on avait pris dans la nuit. Le jour avant, on en a fait 2000. Dans ces petits villages, on ne trouve pas grand-chose, presque pas de vin et encore on le vend 20 sous le litre. Ce coût n’est pas trop cher, nous le payons de 4 sous le litre, alors on boit du lait. Ce qui est le plus embêtant ces jours, c’est laver les chemises. Il n’y a pas de rivière, ni lavoir, alors on monte l’eau par des chaînes avec des seaux des puits qui ont peut-être 50 m de profondeur. Ici, c’est partout comme ça, alors il faut laver dans un baquet.
Plus grand-chose pour aujourd’hui, mais ne portez pas peine car nous ne risquons rien du tout. Le bonjour à Rémy et à Ferdinand, ainsi qu’aux voisins. Embrasse le papa et la maman ainsi que Maria et Riri, car il faut pas écrire trop souvent, le papier n’abonde pas. Ton petit chasseur qui vous embrasse tous. Riri.